Un cahier des charges demande du « LOD 300 ». L’architecte y lit une géométrie soignée, l’ingénieur pense d’abord aux données, et le maître d’ouvrage espère une maquette qu’il pourra utiliser pour l’entretien. Trois lectures pour une seule ligne de contrat. Ces malentendus coûtent du temps, et ils mènent parfois à des reprises de modélisation qu’on aurait pu éviter.

Voyons donc comment s’y retrouver avec le cadre suisse.

Pourquoi le niveau de détail pose problème

Une maquette n’a pas besoin d’être précise partout. Un mur porteur de façade et une cloison technique au sous-sol n’ont pas les mêmes enjeux. Pourtant, sans règle commune, deux bureaux modélisent le même bâtiment de deux façons très différentes.

Définir le niveau de détail, c’est dire à chaque partenaire ce qu’on attend de lui, élément par élément et phase par phase.

LOD, LOG et LOI, les bases

Le LOD (Level of Development) décrit le degré de développement d’un élément de la maquette. Ses paliers, de 100 à 500, sont détaillés dans notre article sur le LOD idéal entre 100 et 500. Il réunit deux volets.

  • Le LOG (Level of Geometry), qui concerne la forme, les dimensions et la position
  • Le LOI (Level of Information), qui regroupe les données non graphiques comme le matériau, la classe de résistance au feu, le fabricant ou la date de pose

Prenons une porte. Au niveau le plus simple, elle se résume à un volume qui marque son emplacement. Au niveau le plus poussé, en revanche, on distingue le cadre, le vantail et la quincaillerie. Côté information, on passe d’un simple type à une fiche complète avec références, exigences et consignes d’entretien.

Un élément peut très bien être riche en géométrie et presque vide de données, ou l’inverse. C’est pourquoi on dissocie aujourd’hui les deux volets plutôt que de tout résumer en un seul chiffre.

SIA 2051, une référence suisse aujourd’hui retirée

Pendant plusieurs années, la référence suisse a été le cahier technique SIA 2051, publié en 2017 et consacré aux bases pour l’application de la méthode BIM. La KBOB, qui réunit les services de la construction des maîtres d’ouvrage publics, le recommandait d’ailleurs en complément de ses propres recommandations. Le document couvrait le bâtiment comme le génie civil, et il s’appuyait sur les phases SIA.

Un principe reste utile à retenir. Les niveaux de LOG et de LOI n’y correspondaient pas à un moment précis du projet, ils se fixaient au cas par cas. Leur rattachement aux phases SIA servait seulement à poser des exigences minimales communes.

Toutefois, la SIA a retiré ce cahier technique à la fin 2024. La raison est simple, la série de normes SN EN ISO 19650 sur la gestion de l’information avec le BIM le remplace en partie. Ces normes internationales sont disponibles en Suisse avec un avant-propos spécifique. Vous croiserez donc encore la SIA 2051 dans des cahiers des charges ou des documents existants, mais un nouveau projet a tout intérêt à s’appuyer sur le cadre SN EN ISO 19650. Pour le vocabulaire, le glossaire national de la construction numérique publié par le CRB constitue par ailleurs une base commune utile.

LOIN, partir du besoin plutôt que du chiffre

La norme européenne EN 17412-1, reprise en Suisse sous la désignation SN EN 17412-1, introduit le LOIN (Level of Information Need), le niveau de besoin d’information. L’idée est simple. Au lieu de réclamer « du LOD 300 » pour tout le bâtiment, on se demande à quoi servira la maquette, puis on en déduit les informations nécessaires. La géométrie et les données sont toujours là, mais on les pense ensemble, en fonction de l’usage.

Cette logique est bien implantée en Suisse. Bauen digital Schweiz, la branche suisse de buildingSMART, publie en effet une définition Swiss BIM LOIN ainsi que des aides à l’application. Certains maîtres d’ouvrage publics s’y réfèrent déjà, à l’image de la Ville de Berne dans son modèle d’exigences d’échange d’information (EIR).

Concrètement, les deux approches cohabitent. Vous croiserez encore des cahiers des charges rédigés en LOD, et d’autres qui parlent de LOIN. Savoir passer de l’un à l’autre évite bien des discussions inutiles.

Fixer le bon niveau pour votre projet

Voici une démarche simple pour cadrer vos exigences.

  1. Partez des usages, par exemple la rénovation, la coordination, les quantitatifs ou l’exploitation
  2. Listez ensuite les éléments réellement concernés par chacun de ces usages
  3. Précisez séparément la géométrie et les informations attendues
  4. Associez ces exigences aux phases du projet
  5. Consignez enfin le tout dans le cahier des charges BIM, pour que chaque partenaire lise la même chose

Plus l’usage est clair, moins le niveau de détail devient un sujet de débat.

Le cas du bâti existant et du scan to BIM

Sur un bâtiment neuf, on décide de ce qu’on va construire. Sur un bâtiment existant, en revanche, on documente ce qui est déjà là, et l’exercice change de nature. C’est tout l’enjeu d’un projet de scan to BIM.

Un relevé par scanner laser restitue fidèlement les surfaces visibles. Il ne voit toutefois ni les gaines derrière un faux plafond, ni la structure cachée sous un doublage. Ces éléments se déduisent, se sondent ou restent inconnus, et la maquette doit l’indiquer clairement.

Deux précisions vous aideront dans vos échanges avec un prestataire.

  • La précision de mesure du relevé et le niveau de détail de la maquette sont deux notions distinctes
  • Les hypothèses de modélisation doivent être documentées, afin que chacun sache ce qui est mesuré et ce qui est supposé

C’est justement là que l’approche sur mesure prend son sens. Chez AB 3D Scanning, chaque relevé est pensé en fonction des livrables et du niveau de détail attendus, du nuage de points jusqu’à la maquette BIM, aux plans CAD ou aux orthoimages. Définir le niveau en amont permet ainsi de ne scanner et de ne modéliser que ce qui sert vraiment.

Les erreurs fréquentes à éviter

  • Demander un LOD sans préciser l’usage de la maquette
  • Confondre précision de mesure et niveau de détail
  • Oublier la composante information pour ne parler que de géométrie
  • Appliquer le même niveau à tout le bâtiment
  • Laisser les hypothèses de modélisation implicites sur un bâti existant

Pour conclure

En somme, le bon niveau de détail n’est pas le plus élevé, c’est celui qui répond à l’usage prévu. La SIA 2051 a posé un langage commun en Suisse, la série SN EN ISO 19650 prend aujourd’hui le relais, le LOIN invite à partir du besoin, et le bâti existant demande de la transparence sur ce qui est mesuré et ce qui est déduit.

Vous préparez un relevé et souhaitez cadrer les livrables avant de commencer ? L’équipe d’AB 3D Scanning en discute volontiers avec vous.

Sources et références